samedi 9 mars 2013



Poèmes extraits 
de 
"Vergers"


Rainer Maria Rilke








Cette lumière peut-elle
tout un monde nous rendre
Est-ce plutôt la nouvelle
ombre, tremblante et tendre
qui nous rattache à lui ?
Elle qui tant nous ressemble
et qui tourne et tremble
autour d'un étrange appui.
Ombres des feuilles frêles,
sur le chemin et le pré,
geste soudain familier
qui nous adopte et nous mêle
à la trop neuve clarté.







Tous mes adieux sont faits. Tant de départs
m'ont lentement formés dès mon enfance,
mais je reviens encor, je recommence,
ce franc retour libère mon regard.

Ce qui me reste, c'est de le remplir,
et ma joie toujours impénitente
d'avoir aimé des choses ressemblantes
à ces absences qui nous font agir.



Diane Paquin







vendredi 8 mars 2013



Loin devant les villas sur la digue, 
elle se tenait accroupie, 
les genoux au menton, 
en plein vent, 
sur le sable humide de la marée.
Elle pouvait passer des heures devant les vagues, 
dans le vacarme, 
engloutie dans leur rythme comme l'étendue grise, 
de plus en plus bruyante et immense, 
de la mer.

Baie de Somme ...


"Elle aimait de façon passionnée, obsédée, la maison de zia Amalia, la terrasse, la baie, la mer. Elle avait envie de disparaître dans ce qu'elle aimait. Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. Quelque chose de beaucoup plus ancien que ce qui peut être désigné par les mots que nous avons appris longtemps après que nous sommes nés. Mais ce n'était plus un homme qu'elle aimait ainsi. C'était une maison qui l'appelait à la rejoindre. C'était une paroi de montagne où elle cherchait à s'accrocher. C'était un recoin d'herbes, de lumière  de lave, de feu interne, où elle désirait vivre."






Le paradis existe bien sur cette terre ... 
à chacun de trouver le sien :)



lundi 4 mars 2013




"On peut espérer conquérir un coeur 
que l'on a pas encore conquis, alors qu'il est impossible de ranimer un coeur qui a cessé de battre pour vous. C'est la chose la plus cruelle, la plus cynique, la plus désespérante aussi, que nous apprend l'amour : celui qui, jusque-là, vous aimait, s'exaspère de tout ce qui vous concerne, au mieux comme un ennemi, au pire avec indifférence".


J'attendais beaucoup de ce roman. Sans doute influencée par la prestation de Philippe Vilain à La Grande Librairie de Busnel. Je me souviens d'ailleurs précisément de certains de ses mots :


 "mon matériau à moi c'est le banal ... 
ausculter le coeur humain ... 
à chaque nouveau livre m'immerger dans l'état amoureux..."



Le banal, oui, sans doute ... mais précisément, n'avais-je pas  envie d'autre chose, d'un matériau plus ... consistant ?


Pierre, le narrateur, apprend par un "banal" texto (: "je suis tout à toi...je suis ta salope")  que sa femme le trompe. Il reste stoïque, désespérément silencieux, immobile, médusé.

"Je demeurai interdit. Muet. Bizarrement je ne souffrais pas. Je me sentais comme sous l'emprise d'un anesthésiant local qui supprimait en moi toute sensation de douleur sans supprimer la conscience que j'aurai dû justement en éprouver, et qui dissipait toute émotion du choc sans dissiper le souvenir même de ce choc, que je ne cessais de revivre, dont je ne pouvais arrêter le retour, l'effraction, dans le cour de mes pensées."




On frise parfois l'agacement, cette absence de réaction, cette "mollesse" pouvant paraître insupportable. Le début du roman me déçoit donc légèrement (juste un peu car j'adore Philippe Vilain). 

Et puis cet homme va connaitre la jalousie, féroce, il va commencer à espionner sa femme, la prendre en filature.
et pourquoi donc ? il sait déjà tout ! 
pour "agir" écrit l'auteur ... (qui nous offrira là un passage plutôt léger et non dénué d'humour).

Tout au long du roman, le  cheminement intérieur  de Pierre,  son introspection amoureuse, subtilement dépeinte, va nous éclairer, nous illuminer...

"Je croyais découvrir ma femme quand, en réalité,c'est moi que je découvrais, à travers ma propre incompréhension et mes doutes, mon atterrement et ma jalousie, et je mesurais l'absurde de mon bonheur passé, combien ce bonheur dans lequel je m'étais vautré, duquel je m'étais gargarisé, n'avait été qu'un leurre, une façon de m'aveugler sur mon couple et de me détourner de moi : si je déplore que, pour être heureux, à tout le moins, pour avoir conscience de l'être, le bonheur dût d'éprouver dans la douleur, se payer d'un malheur, je découvrais en même temps, ironiquement j'allais dire, combien l'infidélité de ma femme m'instruisait, ce que de l'amour, de mon couple et de moi-même, cette infidélité me révélait (...)"



Diane Paquin


Au final, un roman étonnant, superbement écrit sur un couple comme tant d'autres...





dimanche 3 mars 2013

Mon roman "coup de coeur" du moment ...




"J'ai loué la chambre 
d'Oscar Wilde, à l'Hotel,
rue des beaux-Arts.
Tu ne vas pas m'y laisser dormir seule ?"





Un écrivain remarquable, tout en émotions, en nuances. Une fois le livre refermé, on ne peut s'empêcher de penser que, forcément, un homme d'une telle sensibilité ne pouvait que se faire prendre aux filets de cette sublime bipolaire.



"Cette fille était le paradis.
Et l'enfer."


Dés les premières lignes on pressent le danger, le risque lié à cette folie latente. Et on tremble par avance même si on attend, on espère cette histoire, cette passion ravageuse qui va se vivre là.

On a peur mais on en redemande ... forcément, une écriture pareille ... fuselée comme les jambes de la belle nîmoise.

Cette fille, Camille, va tenter de fuir une mère castratrice, fuir une famille qui l'enferme, la paralyse aux anxiolytiques et autres psychotropes en tous genres. 

Et lui, en héros, éros, essaiera de la sauver, des autres, d'elle-même, rejetant parfois l'idée de la folie d'un revers de manche "dandysmatique".






Elle l'attirera telles les sirènes qui, en chantant, rendaient fous les marins d'Ulysse. 
Elle l'entraînera vers le fond comme souvent les bipolaires, tellement vivants, charismatiques en diable. 
Il va donc être irrémédiablement attiré par sa beauté autant que par cette folie qui fait d'elle une personne irrésistible... au point de se perdre lui même en elle.

Des scènes parfois d'une grande violence que l'on prend de plein fouet même si l'on pouvait anticiper, même si l'on savait par avance que le désastre était imminent, que la souffrance monterait crescendo.





Un roman qui m'a bouleversé, 
qui restera gravé, tatoué dans ma mémoire 
comme ces cadenas en forme de coeur 
qu'ils portent maintenant 
sur leurs deux poignets.




"Un tatouage brut, presque carcéral. 
Comme un sceau.
Nous nous appartenions désormais. 
C'était gravé dans notre chair 
et c'est Camille qui en avait décidé ainsi."

Camille, sa Vénus, sa bardot ...






On peut avoir 40 ans, une femme, deux enfants, un métier et se conduire comme un ado plus que border line. Surtout quand on a été élevé par des parents soixante-huitards, qu’on vient de perdre sa grand-mère adorée et que son propre fils vient de fuguer.
Je nous trouve beaux est le portrait drôle et tendre d’un quadra qui a autant peur de vieillir que de ne pas être à la hauteur de ses responsabilités de père au sein d’une famille recomposée. Et qui est prêt à tout pour s’en libérer.


J'ai adoré ce roman, dont le début déjà est hilarant, l'entrée du héros dans le monde clos de la franc-maçonnerie est dépeint avec un superbe humour.

Un roman drôle et savoureux (la scène où notre quadra passe la soirée chez une certaine  Vanessa à forte poitrine ... on y croit ! :) mais aussi tendre et moelleux comme une madeleine proustienne.  Et émouvant.

Un roman qui fait passer du rire aux larmes, du rire clair de l'enfance, aux larmes de tendresse et de nostalgie de l'adulescent qui sommeille en chacun de nous.

Un roman que l'on se doit de déguster, addictif comme les nounours-guimauve-chocolat qu'on s'enfourne en matant des comédies romantiques au coin d'un feu de cheminée ... ;o)





"Quand on s'est retrouvés dehors, 
ma fille avait une main dans la mienne et, 
de l'autre, son doudou lapin réveillé. 
J'adore lui tenir la main dans la rue. 
C'est doux, très doux même, potelé, 
et ça vient se caler dans ma paume 
qui me parait d'un coup immense. 
C'est une des situations où je me sens le plus père, 
peut-être à cause de la fragilité que ça évoque. 
Je regardais notre reflet dans les vitrines, 
et je nous trouvais beaux tous les deux habillés pareil."



samedi 2 mars 2013




Un portrait d’abord comme une esquisse … qui va s’alourdir peu à peu. Marie à la recherche de son père, de cet homme illustre, mais si peu connu d’elle-même. 

Elle part à sa recherche, le trouve, et pas à pas, le suit, devient l’ombre de son ombre, mettant en parallèle ses fortes réminiscences et ce qu’elle apprend de lui … 







Cet écrivain fabuleux, cultivé et travailleur, quel père était-il ?
Quel homme se cachait derrière l’écrivain talentueux et engagé ? 



"[…] Roger Nimier pour la petite fille que j’étais, 
était un homme dangereux. 
Physiquement dangereux."


photo de Diane Paquin





Extrait tout particulier : 

"C’est étrange, cette habitude de dédicacer les livres à des inconnus en les appelant par leur prénom, comme si le fait de partager un texte nous autorisait à griller les étapes, nous transportant sans transition dans un monde familier. Ou sur un monde enfantin, peut-être, à moins qu’il ne s’agisse plus prosaïquement d’une mesure de précaution tant il est difficile parfois d’orthographier les patronymes. Nimier, oui, j’épelle, N comme Nadine, puis i puis m, comme Marie. Combien de fois, le répéter, en classe, au téléphone, chez le médecin.
Ah, Nimier, comme l’écrivain ? Ou : Vous êtes parente de l’écrivain ? Oui, un rapport avec l’écrivain, c’est le moins que l’on puisse dire. Je pense toujours qu’ils parlent de mon père, mais il est arrivé plusieurs fois qu’ils parlent de moi. Ils me demandaient si j’avais un rapport avec Marie Nimier. C’est une question assez troublante en vérité."


Un homme mystérieux et parfois étrange, dont Marie, adolescente parlait en termes d’incompatibilités, et cela allait au-delà des arguments politiques :

"Plus profondément, et sans que jamais dans mon adolescence engagée je ne réussisse à la formuler : mieux valait un père mort qu’un père qui menace de vous enlever. De vous arracher à votre mère  que vous adorez. Qu’un père qui éventre les canapés. Qu’un père qui essaie d’étrangler sa femme puis revient le lendemain avec une brassée de roses."

Comme ces mots-là parlent, chamboulent… 
Marie et sa pudeur, Marie et sa douleur… 
Marie "la reine du silence" qui ose raconter, trouver les mots pour le dire.

Parce qu'il y a des  phrases, des écrits, qui restent et qui font mal, dont il faut pouvoir guérir...


Dans une lettre, Roger Nimier annonce ainsi l’arrivée au monde de sa fille :

"Au fait, Nadine a eu une fille hier.
J’ai été immédiatement la noyer dans la Seine pour ne plus en entendre parler. 
A bientôt j’espère.
Roger Nimier"

(Nous apprendrons plus loin que Marie Nimier tenta de se suicider, 25 ans après, en sautant du pont de l’Alma dans la Seine …)


Un roman bouleversant, que je n’ai pu lâcher une fois commencé.

Marie Nimier a hérité sans aucun doute du don de son père !


Livre-cadeau de Myboox ... 
que je remercie car je n'aurais sans doute pas acheté ce roman  ;)









Un roman écrit simplement, à la manière des Harlequins qu’affectionnait ma chère grand-mère au regard fleur bleu.


Mais une écriture que j’ai trouvée trop fade, même si assaisonnée d’une bonne louchée d’érotisme, histoire de pimenter allègrement le tout.


Indéniablement, le jaune safran va plutôt bien à ce livre … jusqu’à ce que la violoniste perde le contrôle d’elle-même. 
Les scènes changent alors de couleur, les tons deviennent moins lumineux, s’assombrissent et deviennent tristement décevants.

Sous prétexte de tester ses propres limites, l’héroïne se soumet totalement au point de ne plus rien maîtriser.
Son nouveau "violon d’Ingres", l’asservissement, la fait sombrer dangereusement.



"J’étais sur un navire sans moteur, 
à la dérive sur des mers inexplorées, 
à la merci des tempêtes et des ouragans"



Les notes que joue la violoniste
 sonnent de plus en plus faux, 
elle part à la dérive...






Mais … Zorro, appelé "Dominik" … (et oui, l’auteure a osé ! ;) va arriver 
-avec son fouet-
 et sauver la pauvre "Summer" (no comment ;) d’une perdition certaine … 
 :D


Bref, un roman que j’oublierai bien vite (que j'ai déjà un peu oublié) car pas assez littéraire et  recherché à mon goût.

A lire sans rien en attendre, avec humour et légèreté, juste histoire de réchauffer un peu cet hiver qui n’en finit pas … ;)